03 janvier 2011
l'inventaire
Huit ans à t'aimer, c'était un jeudi
La Terminale B, pas une lettre depuis
Neuf je sais plus bien je vais mentir
Je ne trouve plus rien de neuf à te dire
Que te reste-t-il de moi ?
Mieux vaut en rester là.
Mais dis moi,
Est ce que je compte pour toi ?
On est deux vieux amoureux.
J'ai envie de toi lorsque tu n'es pas là.
Tu resteras en moi pour toujours, mais combien de temps encore ?
Je t'aime, je te quitte.
15 novembre 2009
La mort n'est jamais présente. Il est toujours absent. J'arrive pas à y croire, toujours pas. Emile, t'es toujours pas là, t'es jamais là, t'es absent, t'as disparu, t'es rien, t'es vide, tu es le vide. L'absence.. Des jours où je ne pense pas à toi, des jours où je n'ai même pas une pensée pour toi, d'autres où j'y pense, un peu, comme ça, ou alors un souvenir s'échappe, ou une parole "vous vous rappelez la soirée avec Emile ..", ça parait naturel mais tout le monde y pense, pensée qui passe vite, comme une ombre et puis on s'oblige à resourire, à penser à autre chose. Limite, je ne me souviens de moins en moins de tes traits, tes émotions, tes sourires, ta voix. Y'a d'autres jours par contre où ton souvenir est pesant, ta présence est là, par ton absence tu es présent et tu pèses, dans mon coeur, tu pèses dans ma gorge, tu pèses dans mes yeux, tu pèses dans ma tête.
Je n'sais pas si je penserai à toi le 13 février, ni le 21 mars, peut-être que je me forcerai d'y penser, pour le souvenir collectif. Mais c'est maintenant que je te sens le plus près de moi. J'aimerai te sentir près de moi sans que ça me fasse mal. Mais ça, c'était possible que lorsque tu étais vivant.
Tu me manques vivant.
09 octobre 2009
J’ai remarqué une chose avec la mort d’un proche. C’est que, le jour où ça arrive, tout reste gravé dans la mémoire. Chaque détails, chacun de tes gestes, chacune de tes pensées, le temps qu’il faisait. Tout reste en toi, tout au long de ta vie. Tu pourras être ramenée à ce jour-là à n’importe quel moment. En ce qui me concerne, je sais pertinemment que la mort d’Emile me ramène à ce jour d’été indien, ce mariage africain dans ce parc, ce coup de téléphone, cette formation de merde d’Avid Xpress Pro et cette putain de chanson. Je m’en souviens très bien, sortir de la classe, décrocher d’un air enjoué, « allô », la terrible nouvelle, mes pleurs, le monde qui vacille, vite, vite, se reprendre, rentrer dans la classe, ne pas s’écrouler devant ces inconnus, vite, vite. Prendre mes affaires, « un ami vient de mourir mais ça va, ne vous inquiétez pas, ça ira », sortir, un temps infini. Puis errer, marcher dans ces rues, avec ce soleil. Ne pas comprendre, sangloter, ne plus comprendre comment les gens peuvent encore sourire, rire, être pressé alors qu’Emile est mort. Finalement se poser dans ce parc, téléphoner et fumer. Surtout fumer, un temps infini. Les amis arrivent, on s’embrasse, on se sert, on chante « Emile qui est au Brésil ». Au loin, ce mariage africain, ils posent devant l’objectif le sourire au lèvre. C’est absurde ce moment, moi je les observe longuement. Je me dis que c’est tellement absurde, tellement absurde..
08 mai 2009
Ce ne sont
que des mots, des petits mots. Pourquoi ai-je pourtant l’impression qu’ils
m’appartiennent ? Ce sont des mots, que chacun pourrait dire, d’autres les
disent peut-être plus souvent, peut-être pas dans cet ordre ou même ensemble
mais ils les disent, les prononcent, ou même les écrivent. Pourquoi sont-ils
miens pourtant ?
Parce qu’un
jour de ma tête ils ont immergés ? Parce que c’est moi qui les ait
assemblés de cette façon, à ce moment là ?
Parce que
je les ai écrits ? ? Ressentis ? Vécus ?
Ces mots
sont à moi. Ce sont les miens, ce sont les débris de ce qui reste de notre
histoire. Personne ne me les volera. Je m’accroche à ces mots, parce c’est la
preuve de ce que j’ai vécu de plus beau. C’est nous, en gosses, c’est nous en
adultes, c’est nous en vieillards. Et dans 3U089080890890 milliards d’années,
ce sera toujours Nous !
07 mai 2009
:)
A même pas vingt ans, t’as disparu, t’es parti,
j’sais pas où, j’pense à croire que t’es au Brésil, cette chansonnette prend
ton son sens. Bordel.
Tout c’qu’on va vivre à ta place, j’en ai la
nausée, tout c’que tu vas vivre dans un sommeil,
j’en ai la nausée, le pire c’est que
tu sais même pas que t’es mort, tu le sais même pas.
On t’a endormi, tu
pensais t’en sortir, t’espérais tant cette opération, et elle a pris le dessus
sur toi, t’as attendu avec enthousiasme ta mort finalement en pensant que
t’attendais la vie, c’est quoi ce bordel.
Je
t’imagine toujours vivant, quand t’es pas là au soirée, j’me dis que t’es
encore malade, même quand j’vais chez toi, voir ta Lucie et tes parents, j’me
rends pas compte de ton absence, réellement.
J’vois que t’es pas là, et que j’y suis, chez toi, sans toi. Je comble les vides, je leur parle beaucoup, parfois on parle de toi, parfois d’autres choses.
Finalement, j’me rends compte que t’es pas là,
je sais pas comment, ça me submerge et là
j’me retrouve avec des vieilles
larmes, dans un train par exemple, à sangloter comme pas 2, comme une Madelaine
de Maïté l’arrosoir,
quand j’tombe sur une photo par le plus grand hasard, chez quelqu’un ou chez toi, quand j’raconte un souvenir où t’y est, y’a le contrecoup, le après-rire qui fait place à la réalité que t’es plus là.
Et j’peux te dire que
y’en a pas mal des souvenirs avec toi,
y’en a pas mal. J’en aurais voulu plus, encore et encore.
Emile, T’es avec moi, en moi, une partie, une putain de partie
douloureuse. Tu rigolerai bien si tu me voyais écrire ça, tu dirai que j’en
fais des tonnes, mais j’en fais toujours des tonnes, tu rigolerai bien. Ce
serait bien.
08 avril 2009
Emile est au brésil.
Chaque fois
qu'je regarde une de tes photo, j’ai une vieille larme dans les yeux, un petit truc dans le cœur
ou plutôt la gorge. (un demi sourire s'esquisse ensuite)/ J'te jure, un arrosoir, une vrai M, une vrai madelaine. On est toujours tenté par dire des énormités. Je voudrais être
sincère.
Tu es mon premier deuil.
Je ne pensais pas vivre ça.D’ailleurs j’ai jamais pensé que t’allai
mourir, crever comme on dit. Je t'ai imaginé mourir, une fois, quand j'ai compris que c'était sérieux ta maladie. Et là, les images clichés de nous tous en noir, effondrés à ton enterrement.
Mais c’est pas vraiment ça, la
vie continue, alors qu’on voudrait qu’elle s’arrête, qu'elle stoppe net.
Je pense tout d'abord que tu me manques beaucoup, j'ai envie de te voir, de te parler, j'ai envie d'entendre ta voix, de te toucher, de voir ton p'tit air d'Emile, de t'entendre râler, j'ai envie de t'entendre rire. De te voir courrir.Après toutes ces remarques très égoïstes, j'ai envie de te donner du temps pour que tu vives plus que tes même-pas-vingt-ans.J'te donnerai bien un mois, même un an. Pourquoi pas plusieurs si je meurs toute vieille, raplapla à 80 piges à n'en plus rien comprendre de la vie, j'préfère te la laisser.Si on pouvait tous t'en donner, t'aurais vécu vachement longtemps. Ca aurait été cool de voir ta tête évoluer selon les années. Je t'imagine. J'me demande c'que t'aurais été. J'paris que t'aurais fait fondre des nanas à tes pieds, dégoulinés.
J'ai envie de sourire quand j'me rappelle qu'on se marrait si fort en s'imaginant vieux et bedonnant, nos petits-enfants nous fuyant. Mais je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas.
02 février 2009
J'sais plus.
Je parle très vite, pour combler les vides, les blancs, les hésitations qui s’installent entre nous. Ca ne va pas. Je/tu le sais. Bordel…
Je te téléphone, ca résonne, je brouillonne, je bouillonne.
Respire, respiration saccadée. Je sue, suave, je chauffe de plus en plus, je me brûle, je raccroche.
Même pas de Allo, pas le courage d’entendre ta voix.
Je n’ai à te dire que des non-dits que je crains plus que tout.
Tout change, tout évolue, bordel. J'en veux encore mais je suis écoeurée.
J'ai peur qu'on rassasie ma faim, j'ai peur d'avoir le ventre plein.
J'voudrais t'aimer sans fin.
05 janvier 2009
Parfois, j'ai l'impression que les gens n'ont dans l'intention que de nous blesser.
J'ai peur, peur de ne plus aimer la personne que tu deviens.
J'en perds mon silence. Je n'ajoute que du vide.
10 octobre 2008
Vendredi soir, broie du noir, ahaha
Un amour cesse lorsqu’on ne s’inquète plus de sa fin ;
j’ignore si le nôtre est mort mais à vrai dire, mes nuits ne sont plus rythmés par une angoisse et mes jours se passent sans toi dans la tête.
Je ris beaucoup, aux éclats, peut-être un peu trop pour cacher cette ombre qui se voyage dans mon crâne.
Je t’aime, je t’aime tant, je t’ai tant aimé que je ne sais plus si je suis encore capable de t’aimer autant, et encore plus, surtout en quelques semaines.
Je ne sais pas si notre histoire était correct, je pense qu’aucune ne l’ait.
Pour une fois, je n’ai pas fait ma sorcière et à vrai dire, je m’en fou, comme un clou, je m’en fou. Tout cela est flou, dans ma tête, et mon ventre, genoux à terre, sur la lunette, je dégobille, tout mon corps creux, je dégobille, je me nie, je me nie, je ne suis pas moi. Je ne suis que des parcelles, je m’éparpille, entièrement : je n’existe pas. Je me nie, je nie ce que j’étais, ce que je suis, ce que je serai, je ne suis pas ça, pas moi, pas lui.. Pas eux. Ils me manquent autant qu’un vide qu’on ne remarque pas. Qu’une faim passée, qu’un mal au ventre chronique. Je ne suis pas eux, je ne suis pas eux. Je devrais déjà être partie. Mais je reste là, statique, je ne change pas ou je change mais en moi. Je ne change pas d’espace, de lieux, de vie… Je ne suis pas là.
Je suis celle qu’on n’attend plus, le regard fermé, la voix creuse, les pieds emmélés.
Ahahahaha, je me fais rire.
